
La bièreGuide 01 / 14
Combien de calories dans une bière
Ciqual, la table de composition de l’Anses, donne neuf valeurs pour la bière, de 29 à 63 kilocalories pour 100 grammes, et aucune ne porte le nom d’une marque. Le règlement européen qui fixe la façon de les calculer est aussi celui qui dispense la bière d’imprimer le résultat sur son étiquette.
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En France, qui veut chiffrer le contenu d’un verre dispose de neuf entrées, classées tantôt par tranche de degré, tantôt par type nommé. Deux d’entre elles portent la mention sans alcool, les sept autres des bières alcoolisées. La difficulté n’est donc pas de trouver une valeur, elle est de savoir à quelle ligne du tableau ressemble la bière qu’on a devant soi, et ce que cette ligne recouvre au juste. Ce qui suit part de ces neuf valeurs, refait le calcul qui les produit, et dit à quel endroit il cesse d’être exact. Sur ce qui touche au corps, ce site rapporte des données publiques et nomme d’où elles viennent, il ne rend pas d’avis.
Ce que la table Ciqual donne pour les bières
Ciqual est la table de composition nutritionnelle publiée par l’Anses. Sa version 2025 couvre 3 484 aliments et 74 constituants, et son groupe des bières et cidres contient neuf lignes de bière. L’énergie y est exprimée pour 100 grammes, calculée selon la méthode du règlement européen sur l’information des consommateurs.
- Bière sans alcool de moins de 1,2 degré, sans sucres ajoutés : 29,4 kcal
- Bière sans alcool sucrée, aromatisée ou au jus de fruits : 30,6 kcal
- Bière faiblement alcoolisée, 3 degrés : 35,3 kcal
- Bière dite de cœur de marché, 4 à 5 degrés : 39 kcal
- Bière brune : 40,5 kcal
- Bière de spécialités, d’abbaye, régionale ou de brasserie : 47,1 kcal
- Bière spéciale, 5 à 6 degrés : 56 kcal
- Bière blanche : 60,9 kcal
- Bière forte de plus de 8 degrés : 62,5 kcal
Ces valeurs portent sur 100 grammes. Rapportées à 250 grammes, l’ordre de grandeur du liquide contenu dans un verre de 25 centilitres, elles s’étagent d’environ 74 à 156 kilocalories.
La liste mélange deux logiques, des tranches de degré et des types nommés, et deux points y valent d’être relevés. Il n’existe pas d’entrée pour la bière blonde alors que la brune et la blanche en ont une, parce que la robe ne fixe à elle seule ni le degré ni la quantité de sucres restés dans le liquide. Et l’ordre des valeurs ne suit pas celui des degrés : la blanche, avec 4,09 grammes d’éthanol pour 100 grammes, passe devant la bière spéciale qui en contient 5,13. La ligne des glucides explique l’inversion, 7,55 grammes pour la première contre 4,55 pour la seconde.

Le calcul tient en deux lignes
Ces kilocalories ne sortent pas d’une mesure directe, elles sont calculées. L’annexe XIV du règlement (UE) n° 1169/2011 du 25 octobre 2011 fixe les coefficients de conversion applicables à toute déclaration nutritionnelle en Europe. Les glucides et les protéines comptent pour 4 kilocalories par gramme, les fibres alimentaires pour 2, les graisses pour 9, et l’éthanol pour 7.
Une bière n’a presque rien à mettre dans trois de ces cases. Les lipides et les fibres sont donnés nuls, en traces, sous le seuil de quantification, ou inférieurs à 0,2 gramme pour 100 grammes dans toutes les entrées de la table, et les protéines tiennent entre 0,2 et 0,51 gramme pour 100 grammes. Deux lignes seulement pèsent vraiment, l’éthanol et les glucides.
Le calcul se refait à la main. Pour la bière de cœur de marché, la table donne 0,39 gramme de protéines, 3,12 grammes de glucides et 3,57 grammes d’éthanol pour 100 grammes. Les coefficients appliqués donnent 4 fois 3,51, soit 14 kilocalories pour les protéines et les glucides réunis, puis 7 fois 3,57, soit 25 kilocalories pour l’alcool. Le total fait 39, la valeur affichée par la table.
La répartition entre les deux lignes, elle, change d’une bière à l’autre. L’éthanol représente environ les deux tiers de l’énergie de la bière de cœur de marché et de la bière forte, un peu moins de la moitié de celle de la bière blanche, et environ un septième de celle d’une bière sans alcool sans sucres ajoutés. Le reste vient des glucides dans tous les cas.
Ces glucides ne sont pas ajoutés à la mise en bouteille, ils sont ce que la levure n’a pas consommé. La température d’empâtage, l’étape où le malt concassé trempe dans l’eau chaude, fixe la part des sucres fermentescibles et donc l’extrait qui reste dans le verre, ce que détaille la page consacrée à la fabrication de la bière. C’est aussi la raison pour laquelle deux bières de même degré n’affichent pas la même valeur énergétique, et la composition d’une bière ne se lit pas sur son titre alcoométrique.
Pourquoi la bouteille ne porte pas ce chiffre
Le règlement qui fixe le calcul est aussi celui qui dispense la bière de l’afficher. Son article 16, paragraphe 4, prévoit que la liste des ingrédients et la déclaration nutritionnelle ne sont pas obligatoires pour les boissons titrant plus de 1,2 % d’alcool en volume. Un demi à 5 degrés relève de cette exemption, et sa valeur énergétique n’apparaît sur l’étiquette que si le brasseur choisit de la donner.
Le texte de 2011 ne présentait pas cette exemption comme acquise. Le même paragraphe chargeait la Commission d’élaborer, au plus tard le 13 décembre 2014, un rapport indiquant si les boissons alcoolisées devraient à l’avenir être soumises aux exigences d’information sur la valeur énergétique, et précisant les motifs des éventuelles exemptions.
Le seuil de 1,2 % en volume est la frontière du dispositif. En dessous, l’exemption ne joue plus et la déclaration nutritionnelle redevient obligatoire, ce qui vaut aux bières sans alcool de porter un tableau que leurs voisines alcoolisées n’ont pas.
Du chiffre de la table au verre qu’on a devant soi
Deux mentions figurent sur tout contenant de bière et servent au calcul, le titre alcoométrique volumique et le volume net. La première fixe la fraction alcoolique, celle qui pèse le plus dans l’écart entre deux bières servies dans le même verre. Le repère du verre standard en donne l’ordre de grandeur sans arithmétique, dix grammes d’alcool pur et soixante-dix kilocalories.
La seconde ligne du calcul n’est écrite nulle part sur un contenant exempté. Les glucides varient du simple au plus du double dans la table, de 3,12 à 7,55 grammes pour 100 grammes, soit entre 12 et 30 kilocalories pour la même quantité. C’est cet écart, et lui seul, qui produit les inversions de classement entre bières de degré voisin.
De là se déduit la marche à suivre devant une bière précise. Le degré donne la première part exactement. Pour la seconde, la table de l’Anses fournit une valeur de catégorie et non une valeur de produit : elle vaut comme ordre de grandeur, et une bière dense ou une bière très atténuée s’en écartent. Quand un brasseur publie une déclaration nutritionnelle volontaire, c’est elle qui prime, puisqu’elle porte sur le produit réel et non sur une moyenne de catégorie.
Une valeur énergétique décrit un contenu, pas un effet, et la table de l’Anses n’a pas été construite pour répondre à une question de poids. Les repères publics français sur l’alcool ne sont d’ailleurs pas exprimés en kilocalories mais en verres standard, et ils relèvent de Santé publique France.
Questions fréquentes
La table Ciqual donne-t-elle la valeur d’une bière précise ?
Non. Chaque entrée est une valeur de catégorie, agrégée à partir d’analyses ou de données de composition, et la table associe à chacune un code de confiance qui va de A à D. Les teneurs en éthanol des neuf entrées de bière proviennent d’analyses menées par Ciqual, de données industrielles françaises, de tables étrangères, ou d’une valeur imputée par Ciqual. Pour une bouteille donnée, seule une déclaration nutritionnelle publiée par le brasseur porte sur le produit réel.
Le degré affiché suffit-il à calculer les calories d’une bière ?
Il donne exactement la première des deux lignes du calcul, celle de l’éthanol. Il ne dit rien de la seconde, les glucides restés après fermentation, qui pèsent entre 12 et 30 kilocalories pour 100 grammes selon les entrées de la table. Deux bières de même degré peuvent donc s’écarter nettement l’une de l’autre.
Les valeurs changent-elles d’une version de la table à l’autre ?
Oui. La version 2025 couvre 3 484 aliments et 74 constituants et ajoute plus de 300 aliments à la version publiée en 2020. Les teneurs en éthanol des entrées de bière, en revanche, reposent encore en partie sur des données industrielles françaises de 2006 et sur des tables danoise, britannique et italienne, ce que la table indique source par source.
