Les bières du mondeGuide 19 / 21

Bière du Vexin : ce qu’un parc naturel régional peut certifier

Le Vexin français est un plateau partagé entre le Val-d’Oise et les Yvelines, sans limite administrative propre. Son seul contour juridique est celui d’un parc naturel régional fixé par décret, et c’est par ce parc, et non par une appellation, qu’une bière se voit officiellement rattachée au territoire.

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Une étiquette qui annonce une bière du Vexin nomme un plateau que ni le Val-d’Oise ni les Yvelines ne délimitent : le Vexin français ne figure sur aucune carte administrative. Trois sources qui ne parlent pas de bière disent pourtant où il commence et ce qu’un producteur peut en tirer : des décrets de classement, deux articles du code de l’environnement et le répertoire des entreprises.

Un périmètre qui tient dans un décret

La partie francilienne du Vexin a été classée parc naturel régional par le décret n° 95-704 du 9 mai 1995, qui prononçait le classement pour dix ans sur 88 communes entières et 6 communes partielles. Le décret du 30 juillet 2008 a classé le parc jusqu’au 8 mai 2019, et le décret n° 2018-752 du 28 août 2018 a prorogé ce classement jusqu’au 8 mai 2022. Le Parc y ajoute une année, acquise selon lui par la loi climat et résilience d’août 2021 aux parcs dont la révision de charte avait été retardée, et fixe donc au 8 mai 2023 la fin de son deuxième classement. Aucun décret postérieur ne figure au Journal officiel, et le Parc attend son troisième classement courant 2026, au terme de la révision de charte engagée en 2018.

Le périmètre en vigueur au dernier classement réunit 97 communes, 77 dans le Val-d’Oise et 20 dans les Yvelines, dont sept ne sont classées que pour une partie de leur territoire. Il couvre 71 356 hectares, dont 64 % de terres agricoles et 23 % de forêts, pour environ 105 000 habitants. L’article L. 333-1 du code de l’environnement en donne le mécanisme : la charte est adoptée par un décret portant classement pour quinze ans, sur le territoire des seules communes qui l’ont approuvée. Une commune peut donc entrer dans le Vexin réglementaire ou en sortir selon sa délibération, ce qu’aucune limite départementale ne permet.

Verre tulipe belge rempli d’une bière ambrée.
En Belgique, chaque brasserie a son verre, et ce n’est pas qu’un décor

Ce que le classement autorise, et ce qu’il peut retirer

Deux articles du même code font de ce classement autre chose qu’une mention de paysage. L’article R. 333-12 dispose que le classement vaut autorisation d’utiliser la dénomination « parc naturel régional » et l’emblème du parc, déposés par le ministre chargé de l’environnement à l’Institut national de la propriété industrielle sous la forme de marque collective. L’article R. 333-16 ajoute que la gestion de cette marque ne peut être confiée qu’à l’organisme chargé de l’aménagement et de la gestion du parc, que les modalités en sont fixées par le règlement joint au dépôt, et que le déclassement ou le non-renouvellement du classement emportent interdiction d’utiliser la marque déposée.

Le droit français attache donc au Vexin un signe collectif dont l’usage dépend d’un acte administratif à renouveler, et qui s’éteint avec lui. C’est ce qui distingue ce cas de celui du Pays basque, où la seule règle proprement locale opposable à un brasseur relève du régime des appellations.

Neuf familles de produits, dont la bière

La marque que les producteurs portent effectivement s’appelle « Valeurs Parc naturel régional ». C’est une marque nationale collective créée en 2017 par la Fédération des Parcs naturels régionaux de France, que chaque parc attribue à des produits agricoles, agroalimentaires ou artisanaux et à des prestations touristiques. La procédure n’est pas déclarative : dépôt de candidature, audit sur le référentiel national correspondant à l’activité, plan d’actions à cinq ans, passage devant une commission, puis convention de partenariat de cinq ans.

Au 1er janvier 2026, le réseau du Vexin français comptait 30 professionnels marqués, dont 9 producteurs. Le panier de produits locaux du parc se compose de neuf familles : farines de céréales, miel, légumes et fruits de saison, bière, huiles alimentaires, lait, lentilles et haricots secs, jus de fruits et viande bovine. La bière y figure au même titre que le miel ou la farine, et c’est par cette marque que le Parc rattache officiellement un produit à son territoire.

Sept établissements dans quatre-vingt-dix-sept communes

L’annuaire des entreprises tenu par l’État permet de compter ce qui existe. Sous le code d’activité 11.05Z, fabrication de bière, il rattache 23 unités au Val-d’Oise et 43 aux Yvelines. En croisant la liste des établissements avec celle des 97 communes classées, on en retient sept établissements actifs, appartenant à six entreprises, à Théméricourt, Marines, Boissy-l’Aillerie, Cormeilles-en-Vexin, Vétheuil, Vienne-en-Arthies et Ennery. Cinq autres établissements y ont existé et n’y sont plus, à Ennery, Nesles-la-Vallée, Avernes, Gargenville et Guernes.

La plus ancienne immatriculation du groupe est celle de la Ferme Brasserie du Vexin, à Théméricourt, au 23 novembre 2000, cinq ans après la création du parc et dans la commune qui abrite la Maison du Parc. Le registre ne conservant que les entreprises encore inscrites, cette date dit quand commence la continuité actuelle, pas quand on a brassé pour la première fois sur le plateau. Les cinq autres entreprises ont été immatriculées entre 2019 et 2023, ce qui situe l’essentiel du tissu actuel dans la phase récente que décrit notre page sur la bière française.

L’orge est sur place, la malterie ne l’est pas

Le catalogue des bénéficiaires publié par le Parc décrit la Ferme Brasserie du Vexin comme brassant et mettant en bouteille à la ferme, avec l’orge récoltée sur l’exploitation familiale. L’indication est précieuse, car elle relie la bière au plateau lui-même : la description du territoire par le Parc range le Vexin parmi les paysages fortement marqués par une activité agricole où dominent les grandes cultures, blé, orge et colza. La céréale de base est donc là, à quelques kilomètres de la cuve.

Entre le champ et la cuve vient une opération que le registre situe mal. Sur les 33 unités que l’annuaire des entreprises recense en France sous le code 11.06Z, fabrication de malt, aucune n’a d’établissement actif dans le Val-d’Oise, les Yvelines, l’Eure, l’Oise, la Seine-et-Marne, l’Essonne, l’Aisne ni la Somme. Le seul établissement actif d’Île-de-France sous ce code est une adresse parisienne, celle d’un groupe malteur, et le premier autre établissement actif rencontré autour du plateau se trouve en Eure-et-Loir. Ce relevé dit qu’aucune entreprise ne déclare le maltage comme activité principale autour du Vexin ; il ne dit pas qu’on n’y malte pas, puisqu’une ferme brassicole qui malterait son orge resterait inscrite sous le code de la fabrication de bière. Ce qu’il établit, c’est l’absence de malterie de métier à portée du plateau, pour une étape qui consiste à faire germer puis sécher le grain afin de rendre son amidon accessible aux levures : notre page sur le malt la détaille. Quant à la seconde matière première, le catalogue du Parc, qui précise l’origine de l’orge, reste muet sur celle des houblons, et la question du houblon se pose ici comme partout ailleurs en Île-de-France.

Verre tulipe belge rempli d’une bière ambrée.
En Belgique, chaque brasserie a son verre, et ce n’est pas qu’un décor

Ce que le renouvellement met en jeu

La charte « Horizon 2040 » a été élaborée entre 2019 et 2025 et porte sur un périmètre élargi : neuf communes supplémentaires sont concernées, dans la boucle de Moisson, sur le massif de l’Hautil et dans la vallée de la Seine. Du 1er septembre au 31 décembre 2025, les collectivités du périmètre de révision ont été appelées à se prononcer sur leur adhésion au projet.

Pour un brasseur installé sur le plateau, l’enjeu n’a rien de décoratif. L’usage de la dénomination et de l’emblème du parc dépend du maintien du classement, la convention « Valeurs Parc » se signe pour cinq ans, et le périmètre se redessine à chaque renouvellement. Un brasseur d’une commune qui n’adhérerait pas à la nouvelle charte sortirait du périmètre sans avoir déplacé sa cuve, et le mot Vexin resterait libre sur son étiquette quand la marque du parc, elle, en disparaîtrait. C’est la seule chose que le droit décide ici : non pas ce que la bière contient, mais qui peut se réclamer du territoire.

Questions fréquentes

Où commence et où finit le Vexin français ?

Au périmètre du parc naturel régional, seul contour juridique que ce territoire possède : 97 communes, 77 dans le Val-d’Oise et 20 dans les Yvelines, sept d’entre elles pour une partie seulement de leur territoire, sur 71 356 hectares. Ce périmètre est fixé par décret et se révise avec la charte.

Que faut-il pour qu’une bière porte la marque Valeurs Parc ?

Une candidature auprès du parc, un audit mené sur le référentiel national de l’activité, un plan d’actions à cinq ans, l’avis d’une commission, puis une convention de partenariat de cinq ans. Le code de l’environnement lie par ailleurs l’usage de la marque au maintien du classement du parc.

L’orge des bières du Vexin pousse-t-elle sur le plateau ?

Pour l’une d’elles au moins, oui : le catalogue du parc décrit la Ferme Brasserie du Vexin comme brassant avec l’orge de son exploitation, et le plateau est décrit comme dominé par le blé, l’orge et le colza. Le catalogue ne dit pas où cette orge est maltée, et aucune entreprise ne déclare le maltage comme activité principale dans le département ni chez ses voisins.