Les types de bièreGuide 28 / 38

La bière en canette

Une paroi de canette mesure moins de trois dixièmes de millimètre et doit encaisser la pression que la pasteurisation fait monter à l’intérieur. Une résine époxy sépare le métal de la bière, et l’Union européenne demande au recyclage de l’aluminium moins qu’à celui du verre.

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L’aluminium d’une canette de bière tient dans moins de trois dixièmes de millimètre, et cette paroi doit résister au gaz dissous, aux chocs de la palette et à la pression que la chaleur d’une pasteurisation fait monter à l’intérieur. Ce qu’elle change au liquide se voit encore moins : un film de résine sépare la bière du métal, la lumière ne passe plus du tout, et le traitement thermique se règle plus bas que sur une bouteille.

Une paroi de quelques dixièmes de millimètre, déjà sous pression

Une équipe thaïlandaise a modélisé la pression qui s’installe dans une canette pendant sa pasteurisation, en faisant varier quatre paramètres qu’une brasserie règle elle-même : l’épaisseur de la paroi, entre 0,245 et 0,270 millimètre, le volume de remplissage, entre 320 et 338 millilitres, la teneur en dioxyde de carbone, entre 5,70 et 6,10 grammes par litre, et la température de chauffe, entre 59 et 66 degrés. Les quatre agissent, chacun de manière statistiquement significative, sur la pression que le récipient devra encaisser (Thongon et al., 2023).

Ce récipient reste sous pression du sertissage jusqu’à l’ouverture, fermé par un couvercle que la sertisseuse rabat sur le corps au moment du remplissage (Thongon et al., 2023). Cette géométrie est calculée pour tenir le gaz du ciel de la canette et les aléas du transport, et elle laisse peu de marge dès qu’un procédé la sollicite davantage.

Verre de bière blanche trouble sous un col de mousse dense.
Le trouble d’une blanche vient du blé et des levures en suspension

La chaleur bombe le récipient avant d’abîmer la bière

Une grande partie des bières industrielles est pasteurisée dans son emballage, à l’intérieur d’un tunnel qui la chauffe puis la refroidit. Quand la température monte, le gaz du ciel se dilate et la pression interne augmente ; si elle dépasse ce que la canette supporte, celle-ci se bombe et part au rebut (Thongon et al., 2023). Le défaut est mécanique et non sensoriel, et il se solde par une perte de produit fini.

La conséquence pratique tient dans la consigne que les auteurs rappellent : une bière en canette ne devrait pas être pasteurisée au-delà de 62 degrés, pour une intensité de traitement comprise entre 18 et 20 unités de pasteurisation (Thongon et al., 2023), l’unité qui mesure aussi ce qu’une bière non pasteurisée n’a jamais reçu. Le contenant borne donc le procédé. Une brasserie qui voudrait chauffer plus fort devrait changer de récipient, ou traiter la bière avant de la conditionner, ce qui reporte la décision sur les dernières étapes du brassage.

Un vernis, et non du métal nu

La bière ne touche pas l’aluminium. Un film polymère est appliqué à l’intérieur du récipient pour faire barrière entre le métal et le produit, chacun étant capable d’abîmer l’autre. Deux chercheurs ont démonté vingt-sept canettes de bière venues de seize pays et analysé séparément le corps et le couvercle, face intérieure et face extérieure : quelle que soit l’origine, la résine époxy était le revêtement majoritaire du couvercle sur ses deux faces et de l’intérieur du corps, tandis que l’extérieur du corps recevait souvent un polyisophtalate de butanediol (Nurlatifah et Nakata, 2021).

Ce que la canette oppose à la bière n’est donc pas un métal mais un plastique thermodurci, retenu parce qu’il encaisse la chaleur du tunnel, l’acidité du liquide et la déformation de l’emboutissage. La question du contact ne se tranche pas en nommant le matériau du contenant : elle se joue sur ce film et sur son intégrité.

Ce que l’on mesure dans le liquide

Une équipe polonaise a dosé vingt-cinq éléments dans cinquante bières produites en Pologne par neuf brasseries, puis comparé canettes et bouteilles. L’aluminium est resté sous la limite de quantification dans les quinze échantillons en bouteille, alors qu’il atteignait en moyenne 10,41 milligrammes par litre dans les quinze échantillons en canette, avec une médiane de 9,37 et des valeurs allant de 1,26 à 20,06 milligrammes par litre (Gajek et al., 2022). Le manganèse et le cuivre diffèrent aussi, deux éléments que les auteurs rattachent à la composition de l’alliage, celle qui donne à la canette sa résistance à l’écrasement.

Le même travail comporte un second volet, qui dit comment lire ce chiffre. Mise au contact d’une canette pendant deux semaines, une eau déminéralisée amenée à un pH proche de celui de la bière n’a relargué que 0,040 à 0,550 milligramme d’aluminium par litre (Gajek et al., 2022). Le contact y est plus court et plus doux que celui d’une bière dans sa canette, et les auteurs lisent cet essai comme la preuve que l’aluminium est bien l’élément que le récipient cède le plus, la durée et la température du stockage réglant le niveau atteint. Les autres métaux, eux, arrivent surtout par l’eau de brassage, le malt, le houblon et le matériel de la brasserie, autant d’apports que recense le détail de la composition de la bière. Sur les vingt-cinq éléments dosés, l’aluminium est le seul que les auteurs isolent dans leur évaluation du risque, et seulement pour les bières conditionnées en canette.

Douze mois côte à côte, dans le noir

Une même bière blonde de fermentation basse a été suivie pendant un an en canette d’aluminium et en bouteille de verre, à 14 degrés à un demi-degré près et sans aucune exposition lumineuse. Un jury a passé des tests triangulaires en aveugle sur des échantillons frais, puis à six et à onze mois : les dégustateurs ont distingué la canette de la bouteille à chaque échéance, sauf sur les bières prélevées fraîches à la brasserie. La chromatographie, elle, n’a pas séparé les échantillons par contenant mais par durée de vieillissement, qu’un modèle prédisait à 1,1 mois près (de Lima et al., 2023).

Les deux résultats ne pointent pas dans la même direction, et c’est ce qui les rend utiles. Le jury perçoit un écart que l’analyse multivariée des trente-quatre composés volatils identifiés ne retrouve pas, et que les auteurs attribuent à l’effet conjugué des esters, où une petite variation de concentration se paie cher à la dégustation. Dans le même temps, une bière gardée dans de bonnes conditions se conserve bien dans les deux contenants, la durée pesant plus lourd que le matériau. Les auteurs rappellent aussi qu’un travail tchèque mené sur douze mois avait classé la canette d’aluminium et le fût d’acier inoxydable parmi les emballages les plus adaptés au stockage, et le PET comme le moins adapté.

Ce que l’Union européenne demande à l’aluminium

La directive européenne sur les emballages fixe des objectifs de recyclage par matériau, à atteindre au plus tard en 2030 : 60 % pour l’aluminium, contre 75 % pour le verre, 80 % pour les métaux ferreux, 85 % pour le papier et le carton, 55 % pour les plastiques et 30 % pour le bois (Eurostat, 2025). Le calcul se fait au poids, en rapportant le tonnage recyclé au tonnage de déchets d’emballages produit.

De tous les matériaux d’emballage, l’aluminium est donc celui à qui l’Union en demande le moins en pourcentage. Ces pourcentages portent toutefois sur des gisements sans commune mesure : en 2023, le métal pesait entre 3,4 % et 9,2 % du tonnage d’emballages selon les pays de l’Union, quand le verre en pesait entre 9,2 % et 26,8 % (Eurostat, 2025). Un objectif de recyclage exprimé en part d’un tonnage ne dit donc rien du tonnage lui-même, et deux objectifs voisins ne recouvrent pas les mêmes quantités de matière.

Ce qui se décide devant le rayon

Le contenant décide de la lumière, il borne le traitement thermique et il pèse sur ce que le dosage retrouve dans le liquide. Il ne commande pas le vieillissement, que la durée et la température emportent largement. Une canette rangée au frais et bue dans l’année soutient donc la comparaison avec une bouteille traitée de la même façon. Au-delà, sur une bière de garde, rien n’est tranché : l’essai n’a suivi qu’une seule blonde, pendant douze mois, dans deux contenants.

Questions fréquentes

Une bière vieillit-elle plus vite en canette qu’en bouteille ?

Sur un an à 14 degrés et dans l’obscurité, un jury a bien distingué les deux contenants à six et à onze mois, mais l’analyse chromatographique n’a séparé les échantillons que par leur durée de stockage, jamais par leur emballage (de Lima et al., 2023). Ce qui pousse une bière vers son âge, dans ce protocole, c’est le temps qui passe et non le matériau qui l’entoure.

Le métal donne-t-il un goût à la bière ?

La bière n’est pas en contact direct avec le métal : sur les vingt-sept canettes analysées dans seize pays, la résine époxy était le revêtement majoritaire de l’intérieur du corps et des deux faces du couvercle (Nurlatifah et Nakata, 2021). Le film n’est pas une barrière absolue pour autant : l’aluminium n’a été quantifié que dans les bières en canette, dans aucune des bières en bouteille du même travail polonais (Gajek et al., 2022).

La canette se recycle-t-elle mieux que la bouteille ?

L’Union européenne en demande moins à l’aluminium qu’au verre : 60 % de recyclage au plus tard en 2030, contre 75 % pour le verre et 80 % pour les métaux ferreux (Eurostat, 2025). Ces objectifs se calculent au poids, sur des tonnages très inégaux d’un matériau à l’autre, ce qui rend la comparaison directe entre deux emballages plus fragile qu’elle n’en a l’air.