Le tourisme brassicoleGuide 02 / 02

Spa à la bière à Prague : le mot lázně ne promet pas un soin thermal

En tchèque, lázně désigne aussi bien un bain qu’une station thermale, et la loi de 2001 réserve le second sens à des sources certifiées par le ministère de la Santé. Un bain à la bière n’entre dans aucune de ces catégories, et Prague ne figure pas parmi les villes classées.

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L’expression « spa à la bière » traduit mal ce qu’elle désigne. Le mot tchèque employé sur place, lázně, sert à la fois pour un établissement de bains et pour une station thermale au sens médical, et seul le second sens est encadré. La distinction n’est pas une subtilité de vocabulaire : elle sépare une prestation de loisir d’un statut administratif que l’État tchèque accorde, contrôle et peut retirer.

Ce que la loi tchèque range derrière le mot lázně

La loi n° 164/2001 Sb., dite loi thermale, fixe les conditions de recherche, de protection et d’exploitation des sources curatives naturelles, des eaux minérales naturelles, des établissements thermaux et des stations thermales. Sa définition centrale est cumulative. Une source curative naturelle est une eau minérale, un gaz ou un peloïde, c’est-à-dire une tourbe ou une boue, présents naturellement, dotés d’une propriété se prêtant à un usage thérapeutique, et pour lesquels un certificat a été délivré en application de la loi. L’eau minérale à usage thérapeutique y est chiffrée : eau souterraine de pureté originelle titrant au moins 1 gramme par litre de matières solides dissoutes, ou au moins 1 gramme par litre de gaz carbonique dissous, ou contenant un autre élément chimique significatif pour la santé, ou sortant à plus de 20 °C, ou dépassant 1,5 kilobecquerel par litre de radioactivité du radon.

La suite ferme le dispositif. Le certificat est délivré par décision du ministère de la Santé, et seules les sources ainsi certifiées peuvent être utilisées pour des soins thermaux. Un établissement thermal naturel est un ensemble de structures de santé désigné comme tel par arrêté du ministère ; une station thermale est un territoire désigné, lui, par décret du gouvernement. La loi va jusqu’à retirer la source du commerce ordinaire : elle n’est ni une partie ni un accessoire du terrain et n’est l’objet d’aucune propriété, et c’est seulement le prélèvement qui devient la propriété de son exploitant autorisé.

Une cuve d’eau chaude installée dans une cave ne remplit aucune de ces conditions, et cela n’a rien d’un jugement : elle n’exploite pas une eau qui sort du sol, elle ne fait l’objet d’aucun certificat, et l’endroit où elle se trouve n’a pas été désigné par décret.

Les trois villes tchèques que le mot désigne au sens fort

Le poids du mot vient d’un patrimoine identifié. En juillet 2021, les secteurs sauvegardés de Karlovy Vary, Mariánské Lázně et Františkovy Lázně ont été inscrits sur la Liste du patrimoine mondial avec huit autres villes d’eaux européennes, sous une seule entrée, Les grandes villes d’eaux d’Europe. L’institut national du patrimoine tchèque donne la composition du bien en série : les trois villes tchèques, Baden-Baden, Bad Ems et Bad Kissingen en Allemagne, Spa en Belgique, Vichy en France, Montecatini Terme en Italie, Baden près de Vienne en Autriche et Bath en Angleterre. Onze composantes, sept pays.

La déclaration de valeur universelle exceptionnelle, publiée en tchèque par le même institut, retient les critères (ii) et (iii) et situe l’apogée du phénomène entre 1700 environ et les années 1930. Elle décrit ce qui fait l’unité de ces villes : elles se sont formées autour de sources minérales naturelles et associent les soins à une offre de loisirs qui a façonné leur architecture, avec les maisons de cure, les pavillons de source, les halls de boisson et les colonnades, complétés de casinos, de théâtres, de parcs et de promenades.

Prague ne figure pas dans cette liste, et n’a jamais relevé de ce régime. La capitale est une destination brassicole, ce qui est un tout autre sujet : la Bohême a donné son style à la moitié du monde, et notre panorama des bières du monde en explique la logique, tandis que la manière dont on visite une région par ses brasseries est détaillée dans notre page sur le tourisme brassicole.

Ce qu’on peut établir avant de réserver, et ce qui ne l’est pas

Que le bain à la bière soit devenu un produit tchèque identifiable ne fait pas de doute : un travail de fin d’études soutenu en 2017 à l’université des Amériques de Quito construit un plan d’affaires « sur un modèle tchèque de beer spa », et déclare s’appuyer sur les pratiques des établissements tchèques. En revanche, aucune source institutionnelle ni aucun article à comité de lecture ne décrit ce qu’on met exactement dans la cuve, ni depuis quand la pratique existe, ni combien d’établissements la proposent. Une page qui avance ces chiffres les a recopiés d’un site commercial.

Ce que le droit tchèque permet en revanche d’établir tient en une phrase : la prestation relève du loisir, pas du soin thermal, parce que le soin thermal passe par une source certifiée et par des lieux désignés qui se trouvent ailleurs en Bohême. Un visiteur qui cherche l’un ou l’autre a donc deux voyages différents devant lui, et il vaut mieux savoir lequel on réserve. Pour la partie brassicole du séjour, un itinéraire construit autour des brasseries, comme celui que décrit notre route de la bière, repose sur des visites de production et non sur une offre de bien-être.

Questions fréquentes

Un bain à la bière est-il un soin thermal en République tchèque ?

Non : le droit tchèque réserve les soins thermaux aux sources minérales, gaz et peloïdes qui ont reçu un certificat du ministère de la Santé. Une eau chauffée et additionnée d’ingrédients ne relève pas de ce régime.

Prague est-elle une ville thermale ?

Pas au sens de la loi tchèque, qui réserve ce statut à des territoires désignés par décret du gouvernement. Les trois villes tchèques inscrites au patrimoine mondial au titre des villes d’eaux sont Karlovy Vary, Mariánské Lázně et Františkovy Lázně.

Qui décide qu’un lieu est une station thermale en République tchèque ?

Deux niveaux se répondent. Le ministère de la Santé désigne par arrêté un établissement thermal naturel, et le gouvernement désigne par décret la station thermale, c’est-à-dire le territoire dans lequel cet établissement se trouve.

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